Actualité (barrage du Testet)

       -  « J’ai été chargé par l’Association de m’intéresser au créneau de la « Désobéissance civique ». J’ai donc eu l’occasion de regarder de près le mode de respiration de notre démocratie et comment l’on traite ses enfants.

J’ai pu être acteur d’une situation, d’un « Sit-in » bloquant l’entrée d’une Inspection Académique, organisé par des parents furieux de la suppression « injuste car exclusivement comptable » de classes en écoles primaires. Ces suppressions conduisent à une augmentation insupportable des effectifs par classe.

La « valeur » argumentaire de ces parents était la suivante : « Les classes surchargées en effectifs vont à l’encontre du principe de suivi individualisé des élèves ; dans le décompte du nombre des élèves, un enfant en difficulté scolaire ne devrait-il pas compter pour deux (en regard du temps particulier, pour l’enseignant, à lui accorder) ? Persister dans l’abandon d’enfants en difficulté, c’est se priver, pour l’avenir, d’un potentiel de créativité : une société qui néglige sa jeunesse se condamne elle-même »  

Les manifestants ont été dispersés de façon musclée par les « forces de l’ordre », malgré leur comportement pacifique et leurs appels au dialogue.

Peut-on considérer ce type d’action comme de la « Désobéissance civique» ? Bien sûr, un Sit-in perturbe la circulation sur la voie publique et celle interne à l’établissement. Bien sûr, les médias ont été prévenus de l’action, et l’administration n’aime pas se retrouver ainsi sous le regard des caméras…et des auditeurs-téléspectateurs. Bien sûr, cette action visait à remettre en cause des décisions administratives de fermetures de classes. Mais, ne pouvait-on voir, en cette circonstance, un sursaut moral des membres du groupe de parents pour la défense des intérêts des enfants, face à des décisions qui ne pouvaient être « sans appel », une coopération délibérée des membres du groupe oeuvrant « dans l’intérêt de… » ? N’aurait-on pas pu concevoir qu’une conséquence de cet acte de « désobéissance civique » relatif serait un renforcement des institutions ? Celles-ci auraient pu apprécier plus clairement les idéaux fondateurs de ce mouvement qui faisait participer l’opinion publique à l’élaboration du processus normatif.

En ce cas, la participation au mouvement pouvait se résoudre, aux extrêmes, soit en une adhésion de l’administration à la demande de dialogue ouvert, soit en une arrestation des manifestants pour « délit politique ». Mais la dispersion violente par les forces de l’ordre n’y trouve pas sa justification. »


Pourquoi cet extrait du livre : " Vacarme Citoyens " à propos des événements récents au Testet ?

Parce qu'il illustre ce que l'on serait en droit d'attendre des "autorités" dans un système réellement démocratique : considérer que la protestation populaire repose sur des bases vérifiées et porteuses d'une logique que l'on ne peut balayer d'un revers de la main (ou de grenade), qu'une conséquence de cette protestation serait un " renforcement des institutions "démocratiques", que cette protestation est porteuse d'idéaux fondateurs d'une démocratie participative, faisant participer l'opinion publique à l'élaboration du processus normatif. Il ne peut plus y avoir d'un côté des élus dont le mandat les autoriserait à ne rendre compte de rien et, de l'autre, des Citoyens qui ont à dire.

Soyons clairs : ou le dialogue se poursuit à l'écoute des arguments de raison ou l'Etat " incarcère des opposants politiques ", mais la matraque ne trouve pas là sa justification (ni la grenade, à plus forte raison).